Lettre sur l'enseignement des sciences adressée par Galois à La Gazette des Ecoles
Des professeurs -
Monsieur le Rédacteur,
Je vous serais obligé, si vous voulez bien accueillir les réflexions suivantes, relatives à l'étude des mathématiques dans les collèges de Paris. D'abord dans les sciences, les opinions ne comptent pour rien ; les places ne sauraient être la récompense de telle ou telle manière de voir en politique ou en religion. Je m'informe si un professeur est bon ou mauvais, et je m'inquiète fort peu de sa façon de penser dans des matières étrangères à ses études scientifiques. Ce n'était donc pas sans douleur et indignation que, sous le gouvernement de la Restauration, on voyait les places devenir la proie des plus offrants en fait d'idées monarchiques et religieuses. Cet état de choses n'est pas changé ; la médiocrité, qui fait preuve de sa répugnance pour le nouvel ordre de choses, est encore privilégiée ; et cependant les opinions ne devraient pas être mises en ligne de compte, lorsqu'il s'agit d'apprécier le mérite scientifique des individus.
Commençons par les collèges ; là les élèves de mathématiques se destinent pour
la plupart à l'Ecole polytechnique ; que fait-
Jusques à quand les pauvres jeunes gens seront-
D'où vient le mal ? Assurément ce n'est pas des professeurs des collèges ; ils montrent tous un zèle fort louable ; ils sont les premiers à gémir de ce qu'on ait fait de l'enseignement des mathématiques un véritable métier. La cause du mal, c'est aux libraires de MM. les examinateurs qu'il faut la demander. Les libraires veulent de gros volumes : plus il y a de choses dans les ouvrages des examinateurs, plus ils sont certains d'une vente fructueuse ; voilà pourquoi nous voyons apparaître chaque année ces volumineuses compilations où l'on voit les travaux défigurés des grands maîtres à côté des essais de l'écolier.
D'un autre côté, pourquoi les examinateurs ne posent-
artificielles ? Croit-
examinateurs
; il doit apprendre les méthodes qu'ils affectionnent, et savoir à l'avance, pour
chaque question et chaque examinateur, quelles doivent être ses réponses et
même son maintien. Aussi il est vrai de dire qu'on a fondé depuis quelques années
une science nouvelle qui va grandissant chaque jour, et qui consiste dans la connaissance
des dégoûts et des préférences scientifiques, des manies et de l'humeur de
MM. les examinateurs.
Êtes-
Evariste
Galois
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